| |
profil
Le bois travaille, le papier se tend, le regard traverse l'oeuvre.
Christine Tchouhadjian n'aime rien tant que les plis, les strates,
le mouvement, la ligne, le vide, l'ondulation aussi. C'est une glaneuse.
Son
premier travail est d'aller à la recherche d'une pièce
de bois, le plus brut possible, véreux, déchiré,
usé. Elle s'en empare. Le met à nu, le gratte, le
traite, le tranche parfois. Dans son atelier, il sèche, se
dilate, s'ouvre, craque, ce qui lui fait dire : "le
bois travaille tout seul et moi je travaille le bois".
Cette
ancienne graphiste, maquettiste de presse féminine fait alors
entrer le papier dans l'oeuvre. Clin d'oeil à son passé,
elle compile les magazines, froisse les images, déchire le
papier, le mouille, lui rend sa souplesse d'origine pour mieux le
plier, le replier, le nouer, l'empiler, le presser. Pour ainsi le
rendre au bois. L'attente imposée par sa technique, rythme
son travail et le nourrit.
Fortes
et fragiles, toujours conçues à hauteur de corps,
ses sculptures reviennent à la nature, comme autant d'éléments
originels, lignes subliminales que le regard traverse. Oeuvres libres,
posées ou appuyées contre un support, jamais fixées
sur un socle, pour que dans ce "non accrochage" il y ait
non seulement l'idée d'espace, de vide mais aussi d'évidence
comme si elles s'enracinaient, parties intégrantes du lieu
quel qu'il soit.
Dominique
Lionnet
|
|